La consommation de cannabis chez les personnes enceintes est liée à l'autisme chez les enfants

Une image de feuille de cannabis sur le bedon de personne enceinte

Dans la plus grande étude de ce type, des scientifiques ont découvert que le risque d’autisme augmente chez les enfants de personnes enceintes ayant déclaré avoir consommé du cannabis pendant leur grossesse. L'étude, publiée dans Nature Medicine en août 2020, portait sur des naissances en Ontario entre 2007 et 2012 (avant la légalisation du cannabis récréatif).

Les données provenaient du Système d'information BORN (SIB), que l'auteur principal, le Dr Daniel Corsi, qualifie de « registre périnatal particulièrement puissant pour la recherche; avec plus d'un million de dyades mère-bébé, le SIB est l'une des grandes sources de données du genre au monde. »

« Nous pouvons relier les données du SIB à celles de l'Institute for Clinical Evaluative Sciences (ICES), un dépôt ontarien de données de classe mondiale. Ensemble, ces deux ressources nous procurent des détails exhaustifs qui servent aux analyses de grande échelle, de la conception et la grossesse à la naissance et au parcours de vie. »

Les chercheurs ont utilisé les données du SIB et les dossiers médicaux de l'ICES pour suivre longitudinalement plus d'un demi-million d'enfants en Ontario et repérer des diagnostics de troubles du spectre autistique et d'autres problèmes neurodéveloppementaux après une exposition au cannabis. Leur constat : la prévalence de l'autisme était plus élevée chez les enfants de personnes ayant consommé du cannabis pendant leur grossesse.

Le cannabis étant légal en Ontario, plus acceptable socialement et, parfois, promu comme traitement des nausées matinales, les personnes enceintes peuvent en méconnaître les risques.

« Nous en savons si peu sur la façon dont le cannabis affecte les personnes enceintes et leurs bébés. Les futurs parents devraient s'informer des risques possibles, et nous espérons que des études comme la nôtre les éclaireront », déclare le Dr Mark Walker, directeur scientifique de BORN Ontario et l'un des auteurs de l'étude.

L'équipe compte poursuivre son analyse : « Bien que les résultats soient convaincants, nous prévoyons pousser la recherche pour remédier à certaines limitations. Par exemple, nous voulons recueillir des échantillons de sang et d'urine pour mesurer directement le cannabis. Nous collaborons également avec d'autres registres périnataux en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse pour mener des études similaires. »

Les recherches du Dr Corsi ont déjà trouvé leur place dans Up-to-Date, outil d'aide à la décision clinique utilisé par plus de 1 000 000 de médecins dans 170 pays. Up-to-Date présente une synthèse complète des preuves sur un sujet et y joint des recommandations qui peuvent être mises en œuvre au point d’intervention. Il s'agit d'un excellent exemple d'application des connaissances : les prestataires de soins puisent dans les dernières données scientifiques pour conseiller leurs patients sur les risques.


Voici le Dr Daniel Corsi...

 Dr Daniel CorsiLe Dr Daniel Corsi s'intéresse depuis longtemps à la recherche sur la consommation de substances, mais son accent sur le cannabis a commencé en 2017, après que le Canada a annoncé son intention d’en légaliser l'usage récréatif. Il s'est demandé comment la légalisation en affecterait la consommation chez les personnes enceintes : « Nous voulions initialement examiner l'évolution des taux de consommation dans le temps, pour ensuite comparer la consommation avant et après la légalisation. Nous analysons également les facteurs socio-économiques, démographiques et de mode de vie liés à la consommation de cannabis. »

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Le Dr Corsi trouve la recherche dans ce domaine très gratifiante : « C’est passionnant de travailler au rythme des politiques sur l'utilisation du cannabis et de produire des résultats et données qui finissent par orienter les soins aux patients. »

Mais il ajoute que la légalisation du cannabis a changé les attitudes : « La perception est que, parce que c'est légal, c'est sans danger. De nombreux médias sociaux maintiennent que la consommation de cannabis pendant la grossesse est inoffensive. Le cannabis est également commercialisé comme remède contre les malaises de la grossesse, comme les nausées matinales. »

C'est toutefois au premier trimestre que le fœtus risque de subir les effets les plus néfastes. Les recherches révèlent des effets négatifs sur les résultats de naissance (insuffisance du poids du nouveau-né, naissance prématurée, etc.). « Nos résultats indiquent aussi que les enfants exposés au cannabis pendant la grossesse peuvent présenter un risque plus élevé de complications neurodéveloppementales comme l'autisme et les troubles de l'apprentissage. »

Le Dr Corsi reconnaît que le contexte est corsé : « Côté scientifique, c’est un défi d’étudier les effets sur la santé du cannabis ou d’autres substances, des domaines où des essais cliniques ne seraient pas éthiques. Il faut donc reconnaître et comprendre les limites de l'épidémiologie, et nous essayons continuellement d'améliorer nos recherches pour déterrer les bonnes réponses. »